Avant que le poème ne s’élève, il faut dire le poids
du silence.
Il faut dire
la chair qui se souvient, la dignité qui persiste malgré l’empreinte des mains
indignes.
Il faut dire
qu’une femme n’est jamais le passage des autres,
Mais un
territoire sacré, même lorsque ses frontières ont été forcées.
Ce qui a été
pris sans amour ne définit pas ce qu’elle est :
Sous la poussière demeure la lumière, sous la blessure persiste l’âme intacte,
et c’est
de cette profondeur que naîtront les mots.
𝓟𝓪𝓵𝓲𝓶𝓹𝓼𝓮𝓼𝓽𝓮 𝓼𝓸𝓾𝓼 𝓵’𝓮́𝓹𝓲𝓭𝓮𝓻𝓶𝓮
Sous mon épiderme palpite un palimpseste d’ombre,
une crypte d’opprobres scellée de silences.
Nul secret — sinon l’empreinte livide
des humiliations infusées comme un venin lent.
Une ombre, oui
non pas géante, mais veule,
incapable d’affronter sa propre déchirure,
elle a déversé sur ma chair, ses scories et ses ténèbres.
Je ne porte aucun mystère,
sinon celui d’une femme profanée par des passants sans visage,
traversant mon jardin intérieur
comme on foule une clairière sacrée
sans reconnaître l’Éden qu’elle abrite.
Ils ont cueilli sans contempler,
effleuré sans aimer,
laissant derrière eux l’âcre buée
de leurs désirs sans offrande.
Ma rose est souillée
ainsi le dit la rumeur des poussières
mais la souillure n’altère pas l’essence.
La corolle meurtrie conserve son arôme insoumis.
Sous ma peau se terrent des menaces,
des murmures de nuit sidérale,
mais aussi une braise obstinée,
un tison invaincu
que nul piétinement ne réduit en cendre.
Je suis terre matricielle,
humus blessé mais fécond.
Et dans la pénombre de mes veines
germe encore l’inviolable lumière.
Copyright Veronique B -Tous droits
réservés
Jamais je ne fus femme à conquérir d’un geste distrait,
mais forteresse de chair et d’âme, dont les portes ne s’ouvraient
qu’à l’amour véritable.
Si l’on m’a dite facile, c’est que certains ont confondu
ma douceur avec faiblesse et ma blessure avec consentement.